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Bajo la sombra
- Installation matricielle -
Bienvenue vous,
êtres d’énergie.
S’il y a quelqu’un que vous devriez remercier d’être ici,
c’est vous même.
Avant de vous présenter cet espace,
je voudrais vous demander
de prendre chacun
un petit “bonbon”.
La vision que vous allez avoir
sera associée
au regard de l’œil que vous avez pris.
Maintenant,
mangez-les,
s’il vous plaît.
Merci.
Après cette porte,
vous allez trouver une pièce quotidienne.
mais où le regard
peut changer.
Des points d’énergie.
Des seuils.
Des passages.
Certains seront appelés.
D’autres
plus tard.
Ne produisez aucun bruit.
Les ondes de vos voix
modifient.
Entrer ici
demande
une forme de responsabilité.
Une forme de respect,
qui se ressent.
Après le temps nécessaire,
quand quelque chose
aura été rencontré,
vous pouvez,
si vous le souhaitez,
toucher ma tête.
Avec la paume.
Ou moins encore.
Avec ce qui touche
avant même le corps.
Faites savoir,
que quelque chose
a changé.
Alors,
vous pouvez parler.
Merci.
Et encore une fois,
soyez les bienvenus.
Installation de la première année de mon DNSEP Art à l'École Supérieure d'Art Annecy Alpes, 2018
Une racine apparaît avant l’entrée.
Elle sort de la pièce, traverse le seuil,
comme si quelque chose avait déjà commencé
sans attendre.
On ne pénètre pas immédiatement.

Un geste précède.
Un choix minuscule, presque invisible.
Un goût.
Un regard absorbé.
Puis le corps entre.
L’espace n’est pas donné.
Il se révèle par fragments,
par intensités,
par zones d’appel.

La lumière ne montre pas —
elle sélectionne.



Certaines surfaces répondent,
d’autres restent en retrait.
Des présences émergent,
non pas comme objets,
mais comme points de concentration.
Le regard hésite.
Le corps ajuste.



Quelque chose attire,
sans se nommer.
Des seuils s’ouvrent dans la perception,
comme si l’espace n’était pas stable,
comme s’il variait selon
la fréquence de celui qui le traverse.

Des formes suspendues,
des matières cousues,
des traces de vie quotidienne
traversées par autre chose.


Rien n’est isolé.
Tout semble relié
par une circulation silencieuse.

Au centre,
un corps.

Ou plutôt,
une présence offerte à la traversée.


Ni guide, ni figure.
Un point de passage.
Le silence devient condition.
Non comme contrainte,
mais comme ajustement.
Les voix modifient.
Les corps modulent.
Quelque chose est à respecter,
sans être expliqué.

Le temps se dilate.
Certains s’approchent,
d’autres attendent.

Le contact ne se demande pas —
il advient.

Une main.
Ou moins encore.

Une surface presque imperceptible,
un point de contact réduit à l’essentiel.
Paume ouverte,
ou centre plus intime,
comme si quelque chose se présentait sans défense.
Le geste est infime,
mais entier.
Il engage plus que le corps.
Il engage une confiance,
sans garantie,
sans retour.
Au sommet,
là où le corps s’ouvre autrement,
quelque chose reçoit.
Ou traverse.
On ne sait pas.
Mais l’espace bascule.
Alors seulement,
le seuil se referme autrement.
La pièce n’était pas un lieu.

C’était un état.
Et ce qui a été traversé
ne se voit plus
de la même manière.
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