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REFLEJO

REFLEJO

dispositif expérimental de construction perceptive de l’expérience du réel

Le reflet ne reproduit pas le réel.
Il ouvre un espace où il peut être interrogé.

Les surfaces réfléchissantes occupent ici la fonction d'un dispositif expérimental fondé sur une pratique de réflexivité perceptive. En recherchant volontairement des surfaces qui fragmentent, déforment, absorbent ou multiplient mon image, je ne cherche ni à produire des autoportraits ni à documenter des phénomènes optiques. J'utilise le reflet comme un protocole d'observation permettant d'interroger la manière dont se construisent simultanément la perception du corps, de l'espace et du réel. Chaque photographie résulte d'un geste conscient. Je choisis la surface, le point de vue, la distance, le moment et la manière d'y inscrire ma présence. Ce qui est enregistré n'est donc pas un reflet, mais l'expérience d'un reflet : la rencontre entre un corps, un espace, une surface et un regard. Le reflet devient alors un espace de négociation entre ce qui m'est donné et la manière dont je décide d'y apparaître. Si je ne maîtrise pas la surface qui me renvoie une image, je peux néanmoins choisir la relation que j'entretiens avec elle. Chaque photographie devient ainsi une construction plutôt qu'une simple captation. Cette recherche interroge une hypothèse plus large : si une simple modification de la surface suffit à transformer notre perception du corps et de l'espace, dans quelle mesure la réalité que nous expérimentons dépend-elle déjà des dispositifs à travers lesquels nous la regardons ? Chaque image constitue alors le reflet d'un reflet. La photographie ne fixe pas une réalité ; elle en enregistre déjà une interprétation. Puis le regard du spectateur produit à son tour une nouvelle interprétation, prolongeant ce processus de réflexion dans une succession potentiellement infinie de perceptions, de projections et de relations. REFLEJO propose ainsi d'envisager le reflet non comme une duplication du monde, mais comme un modèle perceptif où la réalité se construit, se transforme et se recompose continuellement dans la relation entre le corps, l'espace, le regard et celui qui les observe.

Si chaque reflet constitue déjà l'expérience d'un reflet, jusqu'où se prolonge cette chaîne de constructions perceptives que nous appelons réalité...

À partir de quel moment cessons-nous d'observer un reflet pour commencer à habiter la réalité qu'il construit...

Et si notre expérience du réel n'était, elle aussi, que le reflet d'une relation que nous continuons à construire...

Si chaque regard produit déjà un nouveau reflet, combien de réalités construisons-nous avant de croire en habiter une seule ?

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