ATTENTION
recherche sur les processus perceptifs de construction du réel
Regarder ne suffit pas.
Que se passe-t-il lorsque l'on prête attention ?
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ATTENTION → INTENTION
ATTENTION part d'une expérience simple : regarder et prêter attention ne produisent pas la même relation au monde. Lorsqu'elle se prolonge, l'attention déplace ce qui devient perceptible. Un détail devient signal, une répétition produit de l'information, une forme révèle un processus, une présence fait apparaître un réseau de relations jusque-là imperceptible. La photographie occupe une place particulière dans cette recherche. Par son fonctionnement optique, la caméra entretient un parallèle avec certains mécanismes de la vision : elle reçoit la lumière, sélectionne un champ, effectue une mise au point et produit une image. Photographier devient ainsi une manière d'observer artificiellement certains gestes que notre propre perception accomplit continuellement : cadrer, sélectionner, focaliser, enregistrer. Mais l'image photographique permet aussi le retour. Comme une trace extérieure de ce qui a retenu l'attention, elle peut être revisitée, déplacée dans le temps et mise en relation avec d'autres images. Ce qui avait été enregistré séparément révèle alors des correspondances nouvelles. À la manière dont nos expériences passées participent à la perception du présent, cette archive photographique devient un matériau à partir duquel le réel peut être continuellement recomposé. Peu à peu, mon attention cesse ainsi de se porter uniquement sur les objets, les êtres ou les lieux pour se déplacer vers ce qui circule entre eux : espace, temps, énergie, information, transformation, résonance, correspondance. J'envisage ce déplacement comme un passage perceptif de la particule à l'onde : de l'entité vers le champ, de la chose vers la relation, de la forme vers les processus qui la traversent, la relient et la transforment. L'attention apparaît alors moins comme un regard posé sur un monde déjà entièrement donné que comme une pratique relationnelle. Elle sélectionne, associe, rapproche, ralentit, change d'échelle et recompose continuellement les relations à travers lesquelles le monde devient perceptible. Ce qui existe ne dépend pas de notre attention pour être là. Mais ce qui, parmi ce qui existe, devient phénomène pour nous dépend de la manière dont nous entrons en relation avec lui. C'est ici que se situe l'hypothèse d'ATTENTION : l'attention ne révèle pas seulement le réel. Elle participe à la manière dont il se construit dans notre expérience. En prendre conscience ouvre alors un déplacement supplémentaire : de l'attention vers l'intention. Orienter consciemment son attention ne signifie pas déterminer à volonté ce qui existe, mais participer plus consciemment à ce que l'on perçoit, aux relations que l'on établit et à la réalité que l'on contribue à construire. Prêter attention devient alors une manière de prendre part.











